Feux Doubs !
Le dégoût
Categories: Céline

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Mes pensées sont épiées.

Je les vois ramper, grouiller, glisser… comme sur le ventre pâle d’un poisson. On n’est jamais seul quand on a quelque chose à quoi penser. 

On n’est jamais seul quand le dégoût nous ronge.

J’essaye, de déplier ce nœud du dégoût. L’étrange de trouver son corps dans une position similaire à celle des bêtes que le chasseur collectionne dans son jardin. L’odeur des esches et de l’eau trouble qui enclôt le panier de vairons, dans la salle de bains. Un amas de plumes et de tripes sur le béton, une fourrure brusquement fissurée de pourpre, la glacière où les asticots agitent des grains de blé, la poubelle d’où s’écoulent vapeurs d’ammoniaque et pelures rouges.

Quelque chose pend derrière un vêtement, marque les secondes. 

Et à rebours aussi le dégoût. Une chambre sans fenêtre, une chambre au papier peint jaune et blanc, un jet de salive au coin de la bouche, deux steaks hachés dans une poêle, des effluves de baume du tigre un soir d’été ; grosse boule informe d’heures passées grosse confusion de nez gros amalgame de langue ; et tous les transpercements nocturnes, cri bouche fermée.

Ici, qu’ai-je dit ? Avant de m’endormir, je me dis, je lirai sur le dégoût, je comprendrai le dégoût, plus qu’une peur d’empoisonnement, j’en suis sûre. Je ferai face à toute la science pour conquérir mon droit à l’existence. Un art délicat, de faire de toute pensée de toute crainte pelote de laine, presqu’astral, d’observer les déroulements du fil. Il s’agit de masquer, il s’agit d’enfouir son visage dans une couverture, il s’agite un trop qu’il faut embobiner, qu’il faut bâillonner, pour ne pas céder.

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