elle parle toujours de cet endroit
sans jamais pouvoir y retourner
si bien qu’elle ne le connaît
plus du tout
soupe à vertiges
elle verse tout ce qu’elle sait
dans le mixeur
pourvu qu’une âme en sorte
flotte sur la mer des draps défaits
demain je dois
sortir les animaux nettoyer le frigo et peut-être aspirer
un air nouveau
il est interdit de crier
la rébellion est interdite
toutes les lettres qu’on lui a écrites
reposent sous la table de chevet
du bleu parfumé
des fleurs au crayon de couleur
des coeurs sans fin
entre deux collines
il y a la ville
tapie sous l’œil d’une chapelle
elle vivait au bord
un boyau de plastique la séparait du dehors
mais
qui ferait à manger
c’est bête elle s’est dit
c’est bête
mais pourquoi suis-je ici et pas ailleurs
pourquoi
lorsqu’il passe devant moi
le train ne me sourit-il pas
pourquoi
est-ce que
je ne respire plus
la ville est un gros parasite
qui lui noue gorge et langue
elle lui a troué l’estomac
dès qu’elle détourne son visage
elle sent ses organes brûler
dès que son regard rencontre
une photo de son enfant
elle sent ses yeux chuter
c’est bête elle s’est dit
c’est bête
quel paysage voudrait de moi
tout est abandonné
il est interdit de crier
la rébellion est interdite
demain j’irai au Cora
veux-tu
du poisson pané ?
le chien les sachets pour manger
elle a oublié de pendre le linge
gros bloc de textile puant
indistinct
dégueule de la machine
aux coins du garage
les toiles d’araignées absorbent le silence
je parle toujours de cet endroit
sans jamais pouvoir y retourner
dans mes rêves la ville
sent le coton mouillé
dévoré de moisissures
dans mes rêves le Cora
traversé de femmes au bord des larmes
depuis le caddie je compte les allées
presse électronique linge tuyauterie
petits fruits et légumes à déjeuner
Fromages viandes et poissons
mais pas les mêmes poissons
qui chantent sous les eaux de l’Ognon
du haut leurs écailles paraissent
privées de lumière
pourquoi
lorsqu’il passe devant moi
le train ne me sourit-il pas ?
pourquoi
suis-je ici et pas ailleurs ?
pourquoi
les lettres bleues les lettres parfumées
sous la table de chevet
il est interdit de crier
la rébellion est interdite
dans toutes ses fantaisies
le boyau de plastique
c’est bête
je me suis dit, c’est bête
si je passe sous la terre
si je passe derrière la ligne
tout sera fini
je ne serai plus
nulle part