rien n’est grave
songe au printemps
songe au vent du printemps
aux pollens voguant de têtes en têtes
rien n’est grave
si la nuit tire tes larmes
si la parole t’étrangle
si la distance te fige
songe aux sommets de vert apprêtés
elle est assise sur le carrelage
la fenêtre ouverte laisse échapper des soupirs
le temps est long
à côté d’elle, il y a un plat en verre
et une cuillère
vestiges d’une pensée d’amour
rien n’est grave
songe aux feuilles traversées de soleil
si les murs t’étreignent
si le souvenir te glace
si le miroir t’oublie
sa tête est devenue plus lourde qu’une balle de fer
à peine soutenue des deux mains
les pieds nus se font céramique violette
le jour elle répète toutes les phrases qui devront quitter sa bouche
bonjour
je voudrais une baguette s’il-vous-plaît
et deux beignets s’il-vous-plaît
quelle heure est-il
j’ai rendez-vous avec le docteur
en carte s’il-vous-plaît
non merci
au revoir
quel jour sommes-nous
elle répète pour ne pas fondre
sous le regard du dehors
elle mange deux beignets l’après-midi
pour faire quelque chose
rien n’est grave
et c’est si difficile
songe au vent sur le pelage du chien
ses oreilles qui s’inclinent
sa truffe balayée d’un coup de langue
elle lit tous les livres qui expliquent
comment la vie se fait
et comment tout devient facile
mais tout reste
tout reste
elle reste assise au carrelage
un plat en verre à côté d’elle
pour être là
si le vide s’adresse à toi
si le couteau pleure ta main
si personne ne regarde ton visage
songe au flottement
des vêtements blancs
tendus parfaitement
au jardin
songe aux feux souterrains
avalant toutes les fibres d’avant