Le but du jeu étant
de se persuader d'y croire
ou au moins de faire semblant
de croire que
nos corps au milieu du chemin
comptent
qu'ils feront s'arrêter la machine
qu'ils la feront ralentir
un peu
un tout petit peu
qu'ils seront comme des fragments de sable
qui rejoindront l'immense dune
le but du jeu est d'y croire
parce qu'un corps qui ne croit pas
reste trop petit reste invisible reste
celui que l'on peut encore
ignorer
c'est un corps qui peut encore
disparaître dans le miroir
être ré assigné à ses tâches monotones
c'est un corps qui risque
de se dissoudre
à la première vague
de retrouver sagement
sa place sur la plage
de continuer
à se faire rouler dessus
par l'écume de leurs jours
il n'y a rien dans ma voix
qui descellera le sort
rien qui activera un talisman ancien
qui protègera les adelphes du chaos
il n'y a rien mais il existe
depuis des temps immémoriaux
des techniques surpuissantes
entrelacs de corps de voix de postes laissés à l'abandons de croyances de rêves de
fin de patience radicale de
fin de penser les choses à moitié
sans jamais oser les laisser
s'emparer de nos poitrines
début d'un espoir
plus solide
que le plus solide
de leurs mensonges – on ne laissera
plus tomber
et cet entrelac
de corps de voix de postes laissés à l'abandons de croyances de rêves et de
fin de patience radicale
déferle sans fin dans les avenues comme
des boules de pollen immenses
prêtes à casser
beaucoup de choses inutiles
prêtes à faire surgir une forêt à chaque
croisement de rue
impossible de passer au travers
même dans les plus haut des bureaux
les cravateux se mettent à tousser à tousser
à cracher leurs poumons
à gueuler dans tous les écrans que tout est sous contrôle
qu'ils ont pu se moucher et que rien ne poussera
nulle part
mais on voit leurs yeux rouge leur nez gonflés
leurs oreilles qu'ils se retiennent d'arracher
leur gorge qu'ils aimeraient racler à l'épluche-légumes
ils disent regardez ce qu'ils nous font
regardez les honnêtes gens tousser
ils disent
mouchons-nous ça leur passera
mais ça ne passe pas ça dure et ils s'enferment en attendant que ça passe
mais ça dure autant de temps que leur
incapacité à accepter ce printemps
et puis un jour
ils voient que le choix
n'existe plus
ils ouvrent la fenêtre et ils annoncent
solennellement
qu'ils ont toujours aimé le printemps
mais déjà leur voix ne compte plus
et c'est nous qui gagnons
mai 2025