Où est parti le désir ?
Je me rappelle, loin
L’œil qui me regarde
De celle que je désirai
Le mouvement du corps qui s’élance
Le choc des peaux qui s’électrisent
Les corps qui s’entremêlent
Les sensations qui bouleversent
Où est parti le désir
Quand on n’a pas ou plus
Un corps normalement désirable
Quand les rides se creusent
Quand on n’a pas un corps cis
Et que les cheveux blanchissent
Et pourtant j’aime
Et pourtant les rides
Je les trouve belles
Dans ces failles de la peau
Je vois toutes les émotions traversées
Et pourtant j’ai appris
À aimer mon corps
C’est grâce à lui
Que je suis là
Et chaque blessure, chaque aspérité
Me rappelle que j’ai survécu
Et je suis mon corps qui parle
Et je suis mon corps qui désire
Et je suis ma voix dans vos oreilles
Heureusement que parfois
Il y a d’autres corps qui désirent
Et que de mes doigts je peux
Toucher les rides et les failles jusqu’au cœur du monde