Pour cette petite fille qui jouait seule dans sa chambre aux barbies et aux playmobiles, qui prenait parfois un livre.
Pour cette petite fille qui jouait seule devant sa maison, qui renait son vélo seule et qui se promenait dans son village, seule.
Pour cette petite fille qui devait se rendre dans la ville d’à côté pour trouver des amis.
Pour cette petite fille qui a toujours pris le bus, écouteur dans les oreilles.
Pour cette petite fille propulsée chez les grans, qui a pleurée trop souvent.
Pour cette petite fille qui se réfugiait dans son imaginaire, tout le temps. Dans son monde, ses mondes, elle était princesse, guerrière, princesse-guerrière, fée, sorcière, magicienne, fille choyée ou fille détestée.
Cette petite fille a été obligée de gagnée en maturité, obligée d’arrêter de jouer entre les quatre murs protecteurs de sa chambre.
Elle a mûri. Oui, elle a mûri, cette petite fille.
Fini les contes de fée à la Disney, fini de rêver, d’inventer, de jouer… Fini, vraiment ? Plus d’univers venant de la poussière de sa pensée, avec des héroïnes aux vies complexes et nuancées ?
Non, ce n’est pas fini, jamais fini.
Cette petite fille n’avait que ses histoires pour sortir de son ennui, de son manque d’ami. Elle n’avait que son imaginaire dans cette famille ancrée dans la terre.
Tant de choses l’inspire, lui donne envie d’écrire…
Je me regarde dans le miroir. Mes dents de devant autrefois repoussés sont désormais bien placées, ma peau à des poids noirs et d’autres marques, des cernes bien visibles sous les yeux…
Mais elle est encore là, la petite fille que j’étais autrefois, la petite fille qui a grandit dans la solitude, qui parfois était entourée.
Elle est encore en moi.
J’aime encore Disney, je joue encore dans ma chambre devenue mon studio, et j’écris.
Alors, je prends la main de cette petite fille et lui dit :
« Ce n’est pas grave d’avoir peu d’amis. La vie, ce n’est pas un film ou une série. Ce n’est pas grave d’être seule. On aime bien l’être. Et puis, ça te fait encore plus apprécier le temps passé avec les êtres aimés. Ce n’est pas grave d’être une bizarre, une étrange, une originale. Si tout le monde était banal, le monde serait ennuyant »