Feux Doubs !
Poèmes d'auteur·ices de Besac et alentours
Il paraît que les grèves étaient gigantesques
Categories: Michèle
Il paraît que les grèves étaient gigantesques
on lâchait le travail et on se jetait dans les rues
piquets de grèves et le boss enfermé dans sa cage
obligé de voir celleux qu'il voit toujours assis.es
cette fois debout
ça fait beaucoup de main d'oeuvre
ça fait beaucoup de mains qui peuvent
attraper son col

debout ça n'est plus pareil
le monde fait moins peur
on y avait pensé avant
on l'avait même déjà fait
mais il paraît qu'à cette époque
les batailles se gagnaient
les corps étaient trop serrés pour
espérer s'échapper par
les failles qui divisent
normalement

il paraît que même si c'était mieux
on partait quand même de loin
de super loin
on partait de sous les planches
mais on rampait en creusant sans relâche
vers la surface
on faisait termitière
dans la vieille galère
des capitaines
et ça s'effritait
un peu
et tout le monde trouvait ça normal
c'est ce que je vois
c'est ce que j'imagine
je me demande si iels savaient
déjà
que ça ne durerait pas
comme si la joie
devait avoir une fin
tout a une fin
mais pourquoi la joie

après des tas de gens sont morts
on les a tué
quelque soit la façon dont iels sont mort·es
on les a tué
c'est ce que je me dis souvent
chaque corps qui s'effondre
avant l'âge
est le fruit
d'une décision politique
qui a refusé la vie
à ce corps
il faut juste chercher laquelle
peut-être plusieurs
peut-être qu'on ne veut pas chercher
peut-être que c'est évident

on est plus sur de la joie là
mais il paraît qu'à l'époque les grèves étaient gigantesques
il paraît que quand tout le monde s'arrêtait en même temps
ça foutait un giga bordel
et parfois iels gagnaient

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