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Poèmes d'auteur·ices de Besac et alentours
Âges ingrats
Categories: Andrée Saintvoirin

TW : mention de sexualité et de violences

Quand on est enfant, on attend qu’une chose : devenir grand. Être un grand c’est décidé pour soi, ne plus écouter ses parents.
Puis on grandit vraiment, la réalité vient nous frapper comme un ouragan. Responsabilités, loyer à payer, se faire à manger…
Réalité commune à une grande partie de l’humanité.
Mais quand on naît genré au féminin ou quand femme on devient, soudain la société vient nous imposer encore plus de charges que nous homologues cis masculins.
Peu improte notre âge, certaines ont déjà entendu cet adage : « Sois belle et tais-toi », quel effroi !
Et justement, l’âge, fléau du féminin ! Interdiction de vieillir !
Tu traverses la puberté, les poils viennnet sur tes jambes et sous tes bras pousser ? Vite, raser, épiler, ta peau doit être lisse, comme celle d’un bébé.
Un bébé, un enfant, qui n’a pas encore développé de sexualité, ce qui commence, pour l’humain, quand cet espèce atteint cette fameuse puberté. On ne dit pas au garçon de se raser, enfin, si, mais les poils du menton, pour qu’ils soient bien taillés. Et on ne leur fait pas de reproche ni de leçon quand ils osent montrer ces fameux poils au menton.
Alors que pour les filles, non, non, non ! Tout doit être lisse, que les mains facilement se glissent…
Quel supplice !
Puis le temps passe, s’écoule, entre vingt et quarante ans, femme entend : « C’est pour quand les enfants ? »
Et si elle ose dire qu’elle n’en veut pas, qu’elle n’a pas le temps, horreur, outrageant ! Une femme qui ne veut pas d’enfant ! Ce n’est pas normal, ni naturel ! C’est irréel !
Les femmes ont maintenant le choix de refuser la maternité, quand on voit des reportages du passé sur la glorieuse époque des mères au foyer, on ne peut que souffler, soulager d’en réchapper. Ces femmes n’avaient pas d’autres choix que de rester à la maison à s’occuper du mari et des nourrissons.
Attention, faire la distinction : par le passé, ce n’était pas une décision prise mais une obligation, les femmes étaient soumises, voire sous emprise de leur mari.
Ce n’est plus trop le cas, aujourd’hui.
Après quarante ans, les femmes doivent cacher à tout prix que le temps est passé, que leur cheveux deviennent gris ou blanc, que leur visage devient ridé, leur peau tirée.
Vite, vite, utilisation de tous les artifices ! Crèmes pour rajeunir le teint, adoucir les mains, chirurgie esthétique s’il le faut, ne pas montrer du passage du temps les défauts !
Quel ingratitude envers nos âges. Quel chance de vivre au-delà de soixante ans, ce n’était pas tant le cas, il y a mille ans.
Qu’est-ce que vieillir ? Qu’est-ce grandir ? Qu’est-ce que mûrir ? Est-ce nier l’intégralité de notre passé ? Masquer notre corps par la vie marquer ?
Je n’ai ni cheveux blanc ou gris, ni ride, mais des cernes et des boutons. Ils viennent et s’en vont. Traces sur ma peau, traces de la vie. Quand j’aurais cinquante ou soixante ans, j’espère ne pas être ingrate envers mon âge, car j’aurais fait de ma vie un beau passage.

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