Sentir le monde
Sortir de ma bulle
Je laisse ma peau être traversée
Par le soleil
Et mon corps donne en retour
La sueur
Je goûte le sel sur ma langue
Je plonge dans l’eau
Je perds l’équilibre
La tête tourne
L’eau rentre dans les pores de ma peau
Mes yeux mon nez mes oreilles
Je me connecte à ce monde aquatique
Et par là, à l’océan aux rivières
Je suis Eau
Nous sommes des gouttes
Je ressors et
Un peu d’eau reste avec moi
Dans mes oreilles
Je deviens sourde
Le chant des sirènes
Est un chant d’eau
Qui pénètre les sens
Et charme les terriennes
Est ce qu’on devrait faire entendre
Le chant des sirènes
À celleux qui oublient
Qu’iels font partie d’un écosystème
Est-ce qu’iels ne connaissent pas
La caresse d’un brin d’herbe
La joie de partager
Et plutôt que la solitude des cases vides
La joie d’une prairie sauvage
Et plutôt que les certitudes
La possibilité de se tromper et de s’excuser
Et si l’on prenait les cailloux de nos souffrances
Et plutôt que de se les jeter dessus
On en faisait des mandalas
Nous sommes les voix qui rentrent dans nos oreilles
Les émotions qui rentrent dans nos coeurs
Les pensées qui circulent dans nos têtes
Les regards qui nous transpercent sur scène
Je porte en moi le souvenir
De toutes les gouttes
Les gouttes de la mer de mon enfance
Les gouttes des rires des viell.eux ami.e.s
Les gouttes des larmes solitaires
Les gouttes des baisers partagés
Les gouttes de l’amour de mes parents
Les gouttes de leur colère et pudeur
Les gouttes de mon père décédé
Les gouttes de soleil chaud qui a fondu sur ma peau
Qui témoignent de sa chaleur et rendent folles mes cellules
Les gouttes de pollution chimique qui s’incrustent partout
Je suis la possibilité d’un cancer
Et aussi
Le vent qui souffle et porte mes désirs
Zéphyr d’enfant imaginaire
Typhon d’écosystème tribal
Douces brises d’amoures à venir
Ouragans de rages égalitaires
Tsunamis de peurs de biosphères qui s’écroulent
Et la pétole de ma future moi âgée qui se repose sur une terrasse, avec dans sa chair le souvenir de tout ses futurs et passés, accomplis ou non, avant de s’en retourner à la terre
Où Je, où Nous, serons mycorhizes, gouttes d’eau, arbres
Compostons le Moi. Soyons Tout
Sources : Éropolitique: Écoféminismes, désirs, révolutions de Myriam Bahaffou ; la mer, le vent