Partir était le nom
que je m'était donné
la seule langue que je concevais
partir comme un plan d'avenir
comme la réponse à tout
l'évidence criante
partir comme seule
décision valable
partir comme le réflexe
de défense
devant la main qui se lève
partir
dès que le poison
commençait lentement à m'atteindre
nager plus vite qu'il ne se répand
nager plus vite pour que
personne ne puisse me rattraper
jamais
partir pour ne pas avoir à
parler
pour ne plus avoir à
retenir mon souffle
pour enfin disparaître
Le pouce en avant qui se jette
dans l'adrénaline
de l'inconnu
jouer à la roulette russe
dans l'espoir perpétuel de trouver
quelque chose
ailleurs
et parfois
trouver la paix
pendant quelques jours
le monde qui consent
absurdement
à ressembler à mes rêves
à me donner ce quelque chose
qui dis tu es venu pour ça
tu es au bon endroit
et puis
le retour des hommes
avec un petit h
des foutus hommes
qui piétinent la vie et soufflent sur la flamme
dès qu'il l'aperçoivent
pas envie de nuancer pas envie pas possible pour cette histoire-là
Repartir
et s'évertuer à tenir
coûte que coûte
l'illusion candide
si je respire encore
après les secousses qui ont faillit
tout faire tomber c'est que rien n'est arrivé
c'est qu'il faut avancer
toujours avancer
ne pas pivoter la tête
vers l'autre côté ne pas penser
à l'avant
l'avant n'a pas
d'autre vocation
qu'à amener à maintenant
et s'évertuer à profiter d'un présent
qui ne veut jamais
être simple
tant pis
laissons-moi penser que partir
est mon prénom et qu'il
en sera toujours ainsi
laissons-moi me définir par l'absence que je laisse
par mon empreinte qui s'efface déjà
par le chemin qui n'existe pas encore
et les grands hasards
laissons-moi penser que ma place est partout
et nulle part à la fois
que les agressions m'endurcissent
que je n'aurais jamais de racines à creuser dans la terre
jamais d'endroit auquel retourner
avec le cœur battant d'un futur possible
ça me passera
mai 25