Je suis née dans une oasis en sursis et mes premiers pas furent fait dans la joie.
J’étais en sécurité, je n’avais jamais connu l’incertitude du lendemain.
Le futur n’avait pas sa place, on me berçait doucement en me racontant les histoires de ceux qui m’entourraient.
Ils me donnaient à boire du lait réchauffé par les innombrables mains et yeux de ceux qui m’avaient précédé, et je m’endormais paisiblement.
C’étaient ces mêmes personnes qui, fils à fils, avaient tissé, mains succédant à d’autres mains, générations après générations, l’abri de tentures colorées sous lequel je me construisais.
Je prenais ce qui m’entourait comme les toits du monde et le support des étoiles de mes rêves.
Mais ce n’était que le début de mon voyage, le ciel sans âge fit tonner sa colère face au cosmos.
Un vent violent jaillit de crevasses oubliées et, sans avertissement, fit s’envoler mes illusions en même temps que la tente cousue qui fut ma maison.
Mon oasis fut recouverte par les sables, les puits s’asséchèrent face à l’inhospitalière chaleur du désert.
Et dans l’agitation des vents contraires qui emportèrent tout ce que j’avais pris pour éternel et qu’on m’avait assuré comme fiable, on m’arracha mon monde.
Ce que j’avais naïvement conçu comme l’univers n’était rien face à la poussière du temps qui roule et s’écoule.
Le ciel miséricordieux, en emportant tout d’un rêve, m’a confrontée et m’a montré l’immensité pleine d’espace que je n’avais encore jamais admirée.
Ni habité.
Cette découverte m’a transpercée.
En me retournant de toute part, la réalité m’a renversée de sa cruelle brutalité.
J’avais les yeux ouverts sur ce qui m’entourait.
J’ai enfin pu voir ce que j’étais depuis longtemps.
Seule.
Je fus glacée par la soudaineté du choc.
J’étais paralysée, incapable de bouger, de réagir, d’exister autrement que par mon passé envolé.
L’obscurité, que je n’avais jamais eue à affronter, m’enveloppait et s’imposait comme mon nouvel environnement.
Perdue face à la nouvelle conscience de ma solitude, assourdie par le silence, je ne pouvais qu’être statufiée.
Le soleil m’aveuglait puis s’éteignait, inconstant ami s’inclinant face à la nuit.
Le sable, qui se voulait être mon appui, se dérobait sous mes pas.
Et moi, face à tout ça, je me suis recroquevillée, sans protection face au monde qui s’imposait.
Le sommeil eut pitié de moi et m’a gentiment emportée dans ses bras, fermant mes paupières devenues papiers de verre.
J’ai alors émis le souhait de ne plus jamais les rouvrir.
Je refusais à l’univers mon regard d’enfant.
Je ne voulais pas devenir grand.
Le bruit d’une allumette frottée attisa ma curiosité.
Ce fut suffisant pour me faire sortir de mon enfermement obstiné.
En ouvrant les yeux et en acceptant de regarder, je m’aperçus que je n’étais plus seule.
Une fragile lueur tremblait à mes côtés, se reflétant en dansant sur un visage de sable, creusé par les âges, au regard couleur nuit et aux cheveux de cendre.
-Qui es-tu ? osais-je demander de ma gorge asséchée par le silence.
-Ton espoir.
-Tu ments, ai-je craché haineusement, si tel est le cas, prouve-le !
-Détends-toi, approche-toi et viens te réchauffer à la lueur du foyer que nous allons allumer.
Cette proposition, sincère, a fendu les barrières que j’avais érigées et derrière lesquelles je m’étais promise de rester cloîtrée.
Baissant mes défenses je me suis laissée aller.
Protégeant son étincelle j’ai allumé le feu à ses côtés.
Ensemble nous avons tendu les mains, ensemble nous nous sommes réchauffés.
De froides mes veines sont redevenues chaudes et mon sang liquide s’est remis à pulser.
Je ne m’en étais pas rendue compte, mais mon cœur s’était tu depuis longtemps et n’avait jamais battu en harmonie avec ce que je voulais vraiment.
Etre aux côtés d’un autre palpitant.
-Comment dois-je t’appeler ?
-Je porte bien des noms, mais pour toi ce sera adelphité.
-Tu t’en va déjà ? J’ai à peine eu le temps de te rencontrer.
-Ne t’en fais pas, une fois que j’ai été dans ta vie et que nos deux cœurs ont battu à l’unisson, tu ne peux jamais vraiment oublier ce rythme qui dépasse l’horizon.