07.08.2026
Sur les cailloux brillants
Sur les cailloux brillants j’ai glissé sans entrave
Le cerveau en cavale les pensées que l’on pave
De l’allure arrogante de l’enfant qui se sait
J’ai perdu la confiance – la foi – la panacée
Dans l’allée rayonnante j’ai fait du cœur épié
Le refuge tâtonnant des anges déliés
Dans l’étreinte d’un instant j’ai vu passer l’orage
Et mon regard sans pleur a lâché ses mots sages
Il faut se battre – je sais, on l’a dit. On répète
Aux enfants qu’on habille de rose, qu’on materne et apprête,
Qui annoncent en riant leurs peurs empoisonnées,
– Qu’il faut élever la voix pour se faire bien comprendre
– Qu’il faut travailler plus et durement et apprendre
Les manières attendues pour gagner d’avancer
J’ai tenté de graver parmi mes interstices
Les odeurs putréfiées de ces normes-malices ;
Ajouté des mots bleus à mes verbes de rage ;
Gommé l’effort luisant par de faux tatouages.
Je me maudis parfois comme on maudit la mer
D’emporter avec elle le songe et les colères
Que l’on sait pourtant justes et puis que l’on enterre
Face aux délires injustes de ces bouches adversaires
Et pourtant je le sais – j’ai entendu sa voix
L’enfant qui m’écoutait est là à chaque fois
Répète en m’ignorant depuis l’âge-poète
Que je suis différent – que je ne suis pas prête
De remplir en dedans et dehors et marchant
Le je qui s’imparfait du désir dominant
Dans un rêve j’ai compris – j’ai cru l’image fugace,
D’un revers de la main – le verre qui se casse :
Je ne reviendrai pas dans la nudité crasse.
J’irai dans les sentiers, pour peu que ça s’efface,
Et que j’oublie bien vite ces souvenirs de glace.
J’ai regardé, croisé, les sources et les cascades
De mots sanguinolents qui rougissent l’arcade,
Les histoires d’amours sauves, les images blafardes
Dans un pan de peau blême j’vais marcher très longtemps
Et cumuler des heurts et des atermoiements
On s’associe on cherche la bonne sensation
Jusqu’à frotter enfin contre la pierre froide
La carcasse rougie par les yeux qui regardent
On se surprend à dire que l’on est un garçon
C’est resté tout ce temps dans le placard grinçant
– Enfin sifflent gaiement le bois l’aube et l’enfant.
Avril 2021